16–18 juin 2010
LaBRI - Laboratoire Bordelais de Recherche en Informatique
Fuseau horaire Europe/Paris

The Origin of Individuals

16 juin 2010, 15:00
45m
Amphi LABRI (LaBRI - Laboratoire Bordelais de Recherche en Informatique)

Amphi LABRI

LaBRI - Laboratoire Bordelais de Recherche en Informatique

Orateur

Dr Jean-Jacques Kupiec (Centre Cavaillès, Ecole normale supérieure, Paris)

Description

L’évolution des espèces (phylogenèse) et le développement des organismes individuels (ontogenèse) sont considérés comme deux phénomènes distincts. La biologie repose sur cette séparation qui pose l’espèce et l’individu comme principes premiers, réels et coextensifs, l’espèce étant une collection d’individus identiques. Dans sa version moderne cette ontologie s’appuie sur la théorie du programme génétique : une espèce est une collection d’individus possédant le même programme génétique et l’évolution des espèces est le résultat des mutations qui affectent leurs programmes (théorie synthétique de l’évolution). Cette conception est aujourd’hui mise en question par les données expérimentales. En effet, la théorie du programme génétique repose sur l’idée que les interactions des molécules biologiques excluent l’alea et qu’elles sont spécifiques. Au contraire, les données récentes montrent que les protéines manquent de spécificité. Elles peuvent interagir avec de nombreuses molécules partenaires. En conséquence, les interactions moléculaires sont intrinsèquement probabilistes, y compris dans la chromatine et l’expression des gènes est également un phénomène probabiliste. Cela contredit la théorie du programme génétique à sa racine. La prise en considération du manque de spécificité des protéines et du caractère intrinsèquement probabiliste des interactions entre molécules biologiques induit une nouvelle conception. La sélection naturelle agit non seulement dans la phylogenèse mais aussi l’ontogenèse. Celle-ci, au lieu d’être un processus déterministe dans lequel l’information génétique circule uniquement des gènes vers le phénotype (l’organisme individuel), est au contraire probabiliste et duale : les gènes fournissent les protéines, mais leurs interactions probabilistes sont triées par les contraintes sélectives produites par les structures cellulaires (et multicellulaires), qui sont elles mêmes soumises à la sélection naturelle. Au final, cette conception débouche elle-même sur une nouvelle ontologie : il n’existe qu’un seul phénomène d’ontophylogenèse expliqué par la seule théorie de sélection naturelle agissant en même temps sur l’ontogenèse et la phylogenèse. J.J. Kupiec, L’origine des individus, Fayard, 2008. (The Origin of Individuals, World Scientific, 2009).

Documents de présentation